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lundi 10 janvier 2011

Madagascar et les institutions financières internationales

D'ores et déjà, on doit mettre une croix sur les 500 millions de dollars que Madagascar pouvait recevoir de la Banque mondiale jusqu'en juin prochain. Même si la crise est résolue dans les prochaines semaines, le temps matériel pour négocier l'utilisation et le déblocage de ce budget manquera si ce financement n'a pas été déjà attribué à d'autres pays conformément aux principes généraux du fonds IDA (Association internationale de développement) qui stipulent l'allocation à d'autres pays des financements à taux concessionnels non utilisés par un pays.

Mais il n'y pas que ces 500 millions de dollars, car les financements en cours risquent aussi d'être coupés. En dépit de la crise politique, la Banque a en effet continué de financer les projets adoptés avant 2009. Dans un communiqué en date du 21 juin 2010, elle rappelle que " la Banque a continué les décaissements de plusieurs opérations déjà existantes, pour leur caractère humanitaire et leur impact direct auprès des populations les plus pauvres. Ces projets portent sur le VIH/Sida, la nutrition, la sécurité alimentaire, l'environnement, le développent rural, le projet bassins versants et périmètres irrigués, le transport rural, une composante du projet pôles intégrés de croissance et le fonds ACGF pour la micro-finance ".

Les décaissements sur ces projets risquent d'être suspendus à la suite de la décision du régime de Transition de rompre avec la politique prônée par la Banque mais aussi le Fonds (Fonds monétaire international). En décrétant le prix du riz à 1 180 ariary le kilo, nos dirigeants ont dérogé au principe sacro-saint de la liberté des prix qui symbolise la politique économique de ces institutions.

Comme la Banque et le Fonds n'entretiennent directement pas de relations avec le gouvernement actuel, aucune discussion n'est envisageable après cette administration des prix du riz. La seule réaction possible est la suspension des décaissements. Encore que ce n'est pas la première fois que le régime de Transition procède à la fixation des prix. C'est le cas notamment des prix de l'essence. A chaque hausse, n'y a-t-il pas un marchandage (plutôt obscure) entre le gouvernement et les compagnies pétrolières ? En tout cas, ce système a permis de stabiliser les prix à la pompe et d'éviter ainsi la spirale inflationniste.

L'autre décision, qui est totalement contraire à la vision de ces institutions, est la mise en place d'un taux de change multiple. Désormais, les importations de riz bénéficieront directement auprès de la Banque centrale de devises au taux fixe de 2 000 ariary pour un dollar. Mais tout comme les prix du riz, ce n'est pas non plus la première fois que le gouvernement adopte le taux de change multiple. Depuis mars 2010, il a institué un taux fixe de 2 130 ariary le dollar pour les importations de produits pétroliers, l'objectif étant de limiter les effets de la hausse des cours sur le marché mondial et d'éviter ainsi de graves répercussions sur les prix à la pompe.

En 2008 également sous Marc Ravalomanana, le gouvernement reconnaît également avait pratiqué un taux de change multiple afin de faire face à la forte hausse des produits alimentaires sur le marché international. Mais comme les écarts avec les taux du marché étaient faibles, environ 2%, le régime d'alors avait demandé et obtenu la clémence du FMI. Sera-ce aussi le cas pour ce qui passe actuellement ?

Pour le moment, la question ne se pose pas, parce que Madagascar est hors programme de fait depuis le gel des financements en 2009. Elle se pose demain quand la crise sera résolue, du moins si les nouveaux dirigeants sont décidés à renouer les relations avec le Fonds et la Banque.

La question fondamentale qui se pose après les décisions prises la semaine dernière sur les prix et le taux de change est, en effet, de savoir si la rupture avec la politique prônée par ces institutions sera définitive avec le retrait de Madagascar. Le rapprochement avec la Chine et les Emirats Arabes Unis est la solution trouvée aujourd'hui par Andry Rajoelina pour essayer de suppléer aux financements des bailleurs de fonds traditionnels. Jusqu'à présent pourtant, aucune assurance n'a été reçue de ces pays, à moins que des fonds aient été déjà alloués discrètement pour ménager la susceptibilité des grandes puissances.

Sans une telle assurance, il appartient donc à Andry Rajoelina en tant que président de la HAT de ne pas handicaper avant l'heure les premiers dirigeants de la IVème République. L'histoire a, en effet, montré que chaque dérive économique, qui n'est pas nécessairement constitué de détournements mais peut se ramener au non-respect de certaines règles fondamentales, se paie très cher pour le pays et surtout pour la population. Le flottement de la monnaie et le triplement du coût de la vie qui s'en suivaient en 1994, n'étaient-ils que la sanction de la tentative de solution hors-Banque mondiale et FMI qui ont conduit aux financements parallèles ? Deux ans plus tard, Norbert Ratsirahonana n'a-t-il pas laissé la HCC empêcher Albert Zafy avant d'engager le pays auprès du FMI et de la Banque mondiale à des mesures irréfléchies dont les conséquences ont été dramatiques, notamment pour le personnel des entreprises privatisées ?

Si Andry Rajoelina pense poursuivre son œuvre et se présenter à l'élection présidentielle, il doit être très prudent et retenir les leçons du passé. A défaut de sanctions pour des mesures finalement compréhensibles, le FMI et la Banque mondiale profitent de la reprise des négociations pour imposer de nouvelles mesures qui ne sont pas toujours populaires. Et ils sont toujours en position de force. Sans eux, du moins l'avis du FMI qui valide officiellement le programme économique d'un pays sous-programme, aucun euro de l'Union européenne ne peut être espéré ni aucun dollar d'un pays ami. Même si la crise politique est résolue !