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jeudi 27 septembre 2012

MADAGASCAR: À la recherche de Remenabila




Pare-brise fendu d’un véhicule de la gendarmerie en patrouille à Taolagnaro, une ville portuaire du sud-est de Madagascar
TAOLAGNARO, 25 septembre 2012 (IRIN) - Yvan Razafimandimby, 22 ans, était en train de travailler dans la boutique familiale, dans le quartier de Anbounato, à Taolagnaro, Madagascar, lorsque deux soldats sont arrivés pour lui annoncer que son père, âgé de 50 ans, avait été tué par des bandits. 

« Ça a vraiment été un choc que mon père ait été assassiné ainsi. S’il était mort à la suite d’une maladie, j’aurais moins souffert », a dit M. Razafimandimby à IRIN. « Mon père me manque. J’ai perdu quelqu’un sur qui je pouvais compter. » 

Fenandson Razafimandimby, sergent d’état-major et militaire de carrière, a passé trois semaines par mois pendant près de dix ans à lutter contre les bandits, appelés en malgache les « dahalo ». Son salaire de 400 dollars représentait le revenu principal de sa famille et était complété par le magasin familial, dont le chiffre d’affaires quotidien oscillait entre six et dix dollars. 

M. Razafimandimby a dit que les soldats lui avaient raconté comment son père avait été tué. C’était au mois de juin. Les forces de sécurité, composées de soldats et de gendarmes, étaient en train de rassembler des zébus (bovidé à bosse que l’on trouve à Madagascar) volés près du village de Lambohazo, dans la région de l’Anosy, au sud-est de l’île. 

« Alors qu’il vérifiait le certificat de propriété d’un zébu présenté par un villageois, un dahalo est arrivé et lui a tiré dans le dos », a dit M. Razafimandimby. « Je ne pense pas que ses assassins vont être traduits en justice. Je ne peux rien faire et je sais que le gouvernement ne va rien faire. » Deux soldats et huit gendarmes ont été tués dans cet affrontement. 

« Les forces de sécurité ne savaient pas que Remenabila et ses dahalo se trouvaient dans le village et étaient en train d’organiser l’enterrement d’un bandit tué quelques jours plus tôt et elles ne savaient pas que le village comptait un grand nombre de dahalo », a dit à IRIN le lieutenant-colonel Mbina Mamelison, commandant de gendarmerie de la région de l’Anosy. 

Remenabila, âgé de 54 ans, est devenu l’homme le plus recherché du pays. Le gouvernement a annoncé une récompense de 10 000 dollars pour toute information qui permettrait sa capture et 50 000 dollars pour quiconque le capturerait, mort ou vif. 

« Les gendarmes sont très en colère contre ces assassinats et nous sommes prêts à nous battre, mais nous manquons cruellement de moyens », a dit M. Mamelison. 

Des dahalo entraînés militairement 

« J’étais triste et honteux après les assassinats — triste et honteux, parce que l’armée est faible et ne peut rien faire pour lutter contre les dahalo ». a dit à IRIN un soldat en service, qui a souhaité garder l’anonymat. 

« J’étais triste et honteux après les assassinats — triste et honteux, parce que l’armée est faible et ne peut rien faire pour lutter contre les dahalo »
Selon lui, de nombreux dahalo ont suivi une formation militaire, car lorsqu’ils étaient jeunes, ils se sont engagés dans l’armée, qui représente l’une des rares sources d’emploi officiel. Après deux ans, les jeunes soldats doivent payer des pots-de-vin d’environ 500 dollars pour pouvoir continuer à travailler dans l’armée. La plupart n’en ont pas les moyens et retournent donc dans leur village pour gagner leur vie comme dahalo. 

Environ 85 pour cent de la population rurale vit avec un dollar par jour ou moins. Le seul bien ayant une valeur marchande substantielle est le zébu, qui est utilisé comme animal de trait et pour fertiliser les champs. Le cheptel de zébus du pays est estimé à plusieurs millions de têtes. 

Au cours des trois derniers mois, Remenabila a été accusé d’avoir volé 2 000 zébus, pour une valeur d’environ un million de dollars. Nombreux sont ceux qui doutent qu’il ne soit jamais placé en détention, en raison de sa richesse — dans un pays où les pots-de-vin sont une garantie de liberté — et du terrain sur lequel il opère. 

Après l’assassinat des gendarmes et des soldats, 250 militaires, dont des membres des forces d’intervention spéciale, une unité d’élite, ont été déployés dans la région pendant un mois. Ils n’ont cependant réussi à procéder à aucune arrestation. 

Les dahalo détiennent toutes sortes d’armes, certaines datant de la Première Guerre mondiale, d’autres aussi modernes que des fusils d’assaut AK-47. Lorsqu’ils volent du bétail, ils portent des bandeaux rouges pour se distinguer, mais le reste du temps ils ressemblent « à des paysans, qui cultivent du riz et des haricots. Il est difficile de les identifier [...] Je ne pense pas qu’attraper [Remenabila] va mettre fin au problème des dahalo », a dit M. Mamelison. 

Rouge qui se pavane 

Remenabila, dont le surnom, traduit librement du malgache, signifie « rouge qui se pavane », se déplace à travers 5 000 km2 de territoires montagneux, appelés « zone rouge », où le gouvernement exerce un contrôle très limité, voire nul. « Lambohaza n’est pas accessible par la route. Il faut d’abord rouler jusqu’à Esira, puis marcher pendant deux jours sans l’assistance d’hélicoptères ni de radio. Il faut porter tout l’équipement nécessaire, y compris la nourriture et les munitions », a expliqué M. Mamelison. 


Photo: Guy Oliver/IRIN
Insécurité dans le sud de Madagascar
Une nouvelle opération est prévue pour capturer Remenabila. Cependant, sans hélicoptère pour transporter les soldats ni radio pour coordonner les troupes sur le terrain, « les gendarmes sont facilement repérés et [Remenabila] a largement le temps de fuir », a ajouté M. Mamelison. 

Une femme soupçonnée d’être la sangoma, ou conseillère spirituelle, de Remenabila a été arrêtée le 15 septembre à Analabinda par les forces de sécurité et a été traînée à genoux devant les officiers supérieurs, sous les flashs des médias locaux. Selon ces derniers, elle a refusé de fournir des informations qui permettraient de localiser Remenabila. 

Selon M. Mamelison, la population protège les dahalo par crainte ou loyauté et « la solution est de renforcer le système de certificats d’identification des zébus nécessaires [à la vente] », afin de faire perdre ce marché aux dahalo. Les gendarmes contrôlent de plus en plus les titres de propriété des zébus sur les principaux marchés aux bestiaux du centre-sud de Madagascar. Les dahalo redoublent cependant d’astuce et certains se spécialisent dans la contrefaçon de certificats de propriété de zébus. 

On sait peu de choses sur Remenabila. Il a passé environ deux ans en prison pour avoir volé du bétail à Farafangana lorsqu’il était plus jeune et il aurait quatre ou cinq femmes et un nombre inconnu d’enfants. Il appartient à l’ethnie Bara, qui considérait traditionnellement le vol de zébu comme un rite de passage à l’âge adulte, une coutume à laquelle certains adhèrent toujours. 

« Le problème des dahalo existe depuis longtemps. C’était une sorte de sport avant. Si vous ne [voliez] pas de bétail ou que vous ne [séjourniez] pas en prison, vous [n’étiez] pas un homme. De nos jours, cela a changé, c’est devenu une source de revenus et c’est de pire en pire [...] L’armée est responsable du maintien de l’ordre, mais il y a beaucoup de désordre maintenant et l’armée essaye donc de rétablir l’ordre et la sécurité », a dit à IRIN le ministre des Forces armées, Lucien Rakotoarimasy. 

Insécurité croissante 

« Le risque c’est que cela s’étende à toute la région. Nous devons donc identifier l’origine des actes des dahalo. Est-ce politique ? » s’est interrogé M. Rakotoarimasy. Début septembre, environ 300 dahalo ont attaqué le district de Belo sur Tsiribihina, au sud-ouest de Madagascar. Selon les médias locaux, ils ont tué le commandant de la gendarmerie nationale et le commandant régional de l’armée. 

M. Rakotoarimasy a reconnu que les services de sécurité étaient mal équipés pour maîtriser les dahalo et que, même s’ils avaient des hélicoptères de reconnaissance, acheter des hélicoptères pour transporter les troupes serait « très onéreux ». L’armée doit moderniser son système de communication de terrain, car « pour le moment, nous utilisons des téléphones satellites, ce qui coûte très cher ».

Le problème est en partie dû à l’impunité dont bénéficient les dahalo, a ajouté M. Rakotoarimasy. Les témoins ont peur de comparaître par crainte d’être punis, a-t-il dit. Il faut donc garantir davantage la sécurité des témoins. « L’armée attrape des dahalo, mais ceux-ci sont libérés [par les tribunaux...] Ceux qui sont attrapés devraient être gardés en prison — mais ce n’est pas le cas. » 

En attendant, le gouvernement encourage les communautés à se protéger elles-mêmes contre les dahalo, car les forces de sécurité — qui comprennent environ 150 000 soldats, 11 000 gendarmes et 20 000 policiers — manquent de capacité. 

« J’approuve l’autodéfense des villageois contre les dahalo. La population doit protéger ses biens. Le gouvernement n’enseigne pas aux gens à se défendre. L’idée est de faire savoir à la population qu’elle doit se défendre elle-même », a précisé M. Rakotoarimasy. 

Début septembre, à Betroka, environ 100 dahalo présumés ont été tués par des milliers de villageois.