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lundi 25 juin 2012

Madagascar Résistance: "A Madagascar, le changement c'est pour quand ?"


Le collectif Madagascar Résistance est sur tous les fronts depuis le "putsch" de février 2009 et l'arrivée à la tête du pays d'Andry Rajoelina en lieu et place de Marc Ravalomanana. Il a organisé une conférence de presse la veille du 26 juin, date ô combien symbolique à Madagascar puisque jour de l'indépendance du pays. Pour le collectif, l'arrivée d'Andry Rajoelina est à mettre à l'actif de l'Etat Français, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Depuis, il constate une dégradation sociale et économique, mais surtout des libertés individuelles et des droits de l'Homme. Le collectif Madagascar Résistance mise beaucoup d'espoir sur la nouvelle gouvernance française et l'arrivée de François Hollande. "En France, le changement c'est maintenant, A Madagascar, c'est pour quand ? ", s'interrogent ses membres tous en choeur.


Madagascar Résistance: "A Madagascar, le changement c'est pour quand ?"
Madagascar Résistance est à "l’initiative d’un petit groupe de personnes de sensibilités diverses, intéressées par une démarche citoyenne individuelle et rassemblées autour d’un objectif commun : défendre les intérêts vitaux de Madagascar", peut-on lire dans une lettre que le collectif fait paraitre chaque mois depuis 2010. Au cours d'une conférence de presse tenue ce matin à Saint-Denis, le collectif a dénoncé une nouvelle fois la HAT (Haute autorité de transition) avec à sa tête Andry Rajoelina. Le 25 juin n'est pas une date choisie au hasard, demain se tient à Madagascar la fête de l'Indépendance. "Pour la troisième année consécutive, la date anniversaire du retour de l’indépendance de Madagascar sera célébrée sous le joug des putschistes", explique Elyett Rasendratsirofo, membre du collectif Masagascar Résistance. 

Pour le collectif, l'arrivée au pouvoir d'Andry Rajoelina à la place du président déchu est l'oeuvre du gouvernement français, à l'époque sous la présidence de Nicolas Sarkozy. "C'est l'initiateur de ce coup d'Etat (ndlr : en février 2009), la France a apporté un appui en encadrement et en logistique aux militaires putschistes", explique le collectif. La raison est simple pour ses membres, le contrôle du canal du Mozambique, notamment avec les Iles Eparses, enjeu stratégique en matière de gisement pétrolier et gazier. "Pour cela, il fallait s’assurer de solides complicités internes, soulignent-ils. De Mayotte à Madagascar, c’est la même géopolitique de la Françafrique : le contrôle du canal du Mozambique et de son potentiel. Pour verrouiller le dispositif, il ne reste plus qu’à conserver sous sa coupe politique un affidé comme Andry Rajoelina susceptible de signer un accord bilatéral en faveur de la souveraineté de la France sur les îles Eparses, moyennant une petite part du gâteau". 

"8 millions d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté" 

Ce "putsch" a eu des répercussions sur l'ensemble de population malgache, souligne le collectif Madagascar Résistance qui s'appuie sur différentes parutions d'Amnistie Internationale ou encore de lOrganisation mondiale de la santé. "Le prix est lourd pour payer les intérêts français, le peuple malgache a été sacrifié", lâche Elyett Rasendratsirofo. D'un point de vue économique, Madagascar a perdu plus de 330.000 emplois. "L’altération de l’ensemble de ces secteurs touche en final des hommes et des femmes, et c’est un lourd tribut que payent les Malgaches à cause de ce coup à d’Etat en terme d’emplois. L’OIT (Organisation Internationale du Travail) estime que la crise malgache a généré la perte de 336.000 emplois (dont 84,7% dans les industries, les services et les infrastructures) et a rendu vulnérable 90% des emplois", explique Philippe Andriantavy, membre du collectif. 

D'un point de vue social, le constat est tout aussi "inquiétant". "Sur les 22 millions d'habitants que compte la Grande Ile, 8 millions d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté", souligne Mireille Ramiandriosa. Une situation qui se "dégrade" continuellement depuis 2009. Sur 169 pays à travers le monde, Madagascar se classe à la 135ème place des pays les plus pauvres au monde, un classement qui fait revenir l'île à la situation de 2001. "Toutes les heures, quatre enfants malgaches meurent", précise Elyett Rasendratsirofo. 

"François Hollande avait appelé à mettre fin à la Françafrique" 

Le constat fait par le collectif ne s'arrête pas là. Les membres de Madagascar Résistance pointent du doigt également le recul des libertés fondamentales. "Elles sont souillées aux pieds", explique de son côté Eric Rabenanrasana, membre de Madagascar Résistance. "Tous les lieux publics sont interdits aux opposants (…). Plusieurs dizaines d’opposants ont été emprisonnés depuis le putsch. Tous les médias considérés comme n’étant pas aux ordres ont été fermés. En octobre 2010, Reporters sans frontières dénonçait la fermeture d’environ 80 stations audiovisuelles", souligne-t-il. Sur la liberté de vote, le collectif est très critique. "L’organisation du référendum constitutionnel du 17 novembre 2010 n’a pas respecté la démarche inclusive et consensuelle prévue par les accords politiques signés et préconisés par la communauté internationale qui a refusé de le cautionner et d’envoyer des observateurs (…). Des bulletins avec la case du "oui" pré-cochée ont été trouvés dans plusieurs endroits de l’île", ajoute-t-il. 

Cette dégradation a amené le collectif à "sensibiliser" et "alerter" le nouveau président de la République française, François Hollande. "François Hollande avait appelé à mettre fin à la Françafrique" dans une de ses promesses de campagne, explique Elyett Rasendratsirofo. Lors de son passage dans l'île, en tant que candidat, les membres de Madagascar Résistance ont pu remettre un dossier sensibilisant le candidat PS à la situation malgache. "Il a promis qu'il allait y réfléchir", ajoute-t-elle. Mais cette déclaration n'a pas enlevé les doutes du collectif qui voyait dans le déplacement de Laurent Fabius au Gabon, pour rencontrer Ali Bongo, en février dernier, un mauvais signal pour le changement. "Le peuple malgache sait pardonner. Nous souhaitons la fin de la politique coloniale. (…) Nous souhaitons le changement, malgré les enjeux et les importances stratégiques", conclut Elyett Rasendratsirofo.