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mardi 29 mars 2011

29 mars 1947 à Moramanga Les souvenirs d'un rescapé

Bernard Ramanampisoa était encore jeune au temps du drame mais il n'a pas pu l’oublier

Bernard Ramanampisoa était encore jeune au temps du drame mais il n'a pas pu l’oublier
Le 29 mars 1947 fut un jour terrible pour les villageois de Moramanga. Ils ont vécu la soif, la faim, la tristesse, la haine mais aussi la peur. 
Bernard Ramanampisoa, un jeune garçon de 13 ans lors des évènements du 29 mars 1947, raconte son vécu ce jour là. Selon lui, les villageois étaient dans une situation qu'ils n’ont jamais imaginée. Des femmes et des enfants se sont cachés dans les forêts, mangeant des poissons grillés et certains des hommes ont été à la corvée pour les colons, surtout pour le transport.
Le drame a été annoncé plusieurs jours avant le 29 mars. Les villageois se seraient réunis et ont planifié ce qu’ils allaient faire.
« Ma mère m’a dit qu’on doit partir de la maison pour nous cacher dans les forêts d'Ambohidronono », raconte-t-il. Presque toutes les femmes et les enfants étaient partis. Il n’y avait eu que peu de nourriture à consommer. « On n'avait même pas pu cuisiner normalement. Mon père a creusé un trou et c’était là qu’on a mis le feu. Mais on a du faire très attention pour que la fumée ne soit pas découverte », poursuit-il. Le jour du 29 mars, des coups de feu leur auraient fait peur. « Nous n’avions plus de nourriture et les hommes sont allés au village pour en chercher. Certains sont revenus avec, mais d’autres auraient perdu la vie en chemin », poursuit-il. Ce jour-là, ils n’auraient mangé que des poissons grillés et des fruits.
Allaiter 
Ce que Bernard Ramanampisoa ne pouvait pas oublier, c’était de voir sa petite sœur de huit mois, en train de pleurer. « J’ai vu que ma sœur n’avait pas envie de téter mais ma mère l’y a forcée pour qu’elle ne pleure pas. Les coups de feu commençaient à se rapprocher et les autres villageois commençaient à s’enfuir parce que les bébés n’arrêtaient pas de pleurer et nous aurions pu être découverts », ajoute-t-il. Ils s’étaient approchés d’une rivière dénommée
« ranon-tsenegaly » (là où des Sénégalais se seraient suicidés par peur des villageois).
« Ils portaient les vazaha sur leurs épaules pour traverser la rivière. On ne voyait que leurs têtes hors de l’eau. Certains vazaha, une fois arrivés les
tuent » raconte-t-il. Des cadavres auraient jonché le sol. D’autres avaient fait semblant d’être morts en s’allongeant à côté des cadavres. Des bébés avaient attrapé la fièvre alors qu’il n’y avait pas de médicament.
Beaucoup étaient morts de diarrhée ou du paludisme. La crise avait continué les jours suivants et des produits de consommation avaient disparu des marchés alors que les cultures ont été détruites.

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