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vendredi 2 juillet 2010

Conserver localement, tricher globalement ? Droit dans le mur

Il semble exister une réelle pénurie de données scientifiques portant sur la corruption dans le domaine de la conservation de l’environnement. Ou peut être ne suis-je pas assez bon ‘Googleur’. Toujours est-il, qu’il y a environ deux ans, lorsque je rédigeais l’article principal du dossier pro bono (qui représentait une analyse assez détaillée) pour le compte de la branche française de Transparency International, je me suis trouvé face à un problème épineux. Le thème du dossier était « Corruption et environnement » et j’avais l’aide d’une des incontournables spécialistes et pas moins célèbre ancien ministre de l’environnement Français, Corinne Lepage. J’ai fini par citer un des articles que j’avais téléchargé, une contribution assez ancienne sur la faune du Kenya, pertinente et de qualité dois-je reconnaître, mais je restais sur ma faim après cette recherche pour le moins « rapide et grossière ». Pour cause, ce que je rapportais comparativement à ce que je savais n’était qu’une goutte d’eau dans un océan.

Corruption et environnement ne riment pas, simple remarque linguistique, qui fit de moi une persona non grataà Madagascar ; mon 22e et dernier voyage à Madagascar remonte à 1990, en ce qui est devenu Nosy Mena. Malgré la frustration de ne pas pouvoir regarder mes anciens amis Malgaches dans les yeux et de ne pas voir leurs enfants grandir, j’ai réussi à faire ma vie en dehors de ce pays et à survivre, mais le destin actuel des Malgaches me fend le cœur ; la corruption qui règne au sein de la conservation de l’environnement est l’une des principales causes du chaos actuel.

Reconnue comme un des principaux centres de biodiversité à l’échelle mondiale, Madagascar gaspille systématiquement ses ressources les plus précieuses que sont ses habitants et leurs extraordinaires talents. À ce gâchis humain s’ajoute un gaspillage des ressources naturelles. Judicieusement utilisées, elles devraient aider à réduire la pauvreté et conduire l’île et ses habitants vers un développement plus durable et plus inclusif. Hélas, la mère de ces maux, comme on pouvait s’y attendre, est – une fois de plus – l’argent. Plutôt que de dégager un revenu décent par le biais d’une gestion pérenne des ressources précieuses telle que le bois de rose, les trafiquants exploitent les humains et l’écosystème comme des sangsues.

J’en appelle à la communauté internationale et aux réformateurs Malgaches, afin qu’ils entrent dans le débat et prennent position contre la corruption dans le domaine de l’environnement. J’en appelle à tous ceux dont les sites Web et les brochures sur papier glacé appellent à la transparence et à une meilleure gouvernance. Qu’on en finisse avec la tolérance, l’hypocrisie et la timidité. Le temps est venu de choisir son camp et de pratiquer ce que l’on prêche. Que celles et ceux qui désapprouvent la fraude se lèvent et viennent soutenir ce numérode Madagascar Conservation & Development (MCD).

Je loue le courage des éditeurs, des auteurs de l’articlesur le bois de rose de Hery Randriamalala et Zhou Liu, et des autres collaborateurs du journal. Si beaucoup le savent, ce n’est pas pour autant qu’ils osent le publier et le diffuser, il nous faut montrer notre reconnaissance à l’endroit de ceux qui agissent. Il est vrai que la conservation à Madagascar est loin d’être parfaite, cependant, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. C’est tout à l’honneur de MCD de montrer du doigt la direction à suivre et de dénoncer ceux qui exploitent la misère humaine et la dégradation des ressources naturelles en recherchant des profits énormes et rapides. Promouvons le commencement d’une nouvelle ère, avec le soutien des grandes ONG environnementales, dont l’intérêt à long terme est la transparence et une meilleure gouvernance. Une nouvelle ère dans laquelle les principaux problèmes de la conservation de l’environnement ne sera pas mise à l’écart, mais au contraire, mise à nue pour le grand bien du simple citoyen de Madagascar et de sa famille.

Jean-Roger Mercier
jeanrogermercier@yahoo.fr
jrm@cyberoustal.eu
http://www.cyberoustal.eu
Mas de l’Olivière, Chemin de Taxo 66690 Saint André, France