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mercredi 18 août 2010

Banque mondiale : en attendant le rapport sur l’accaparement des terres africaines


Par Marie Joannidis / MFI

(MFI / 17.08.10) La polémique autour de l’accaparement de terres, en particulier en Afrique, est relancée par une étude de la Banque mondiale qui tarde à être publiée alors que le cours du blé repart à la hausse et que plusieurs régions dont le Sahel et la Corne de l’Afrique sont à nouveau menacées de famine. A l’origine de cette nouvelle controverse, le quotidien britannique Financial Times, qui a publié fin juillet des extraits de l’étude qui lui est parvenue à la suite d’une fuite. Sa source déplorait le retard pris par la Banque.

Selon le journal britannique Financial Times, l’ébauche du document, que des représentants de la Banque mondiale à Washington affirment ne pas avoir encore finalisé, brosse un tableau particulièrement alarmant sur la mainmise sur des terres agricoles des pays les plus pauvres par des investisseurs étrangers, notamment en Afrique. L’étude estime que les investisseurs ciblent des pays avec des lois faibles, achetant ou louant à bas prix des terres arables et ne respectant pas les promesses concernant la création d’emplois et d’investissements productifs.

Le rapport intitulé « La ruée globale vers les terres peut-elle générer des bénéfices durables et équitables ? » devait être l’étude la plus approfondie sur l’acquisition de terres agricoles par des pays étrangers à des fins de cultures pour assurer leur sécurité alimentaire ou pour produire des agro-carburants.

Le sujet avait créé un grand scandale en 2008 quand la firme sud-coréenne Daewoo avait tenté de louer pour 99 ans une vaste superficie à Madagascar à un prix très bas, accord qui avait favorisé un coup d’Etat sur l’île et qui a été depuis dénoncé.

Selon l’ébauche de l’étude, la Banque mondiale préconise le lancement d’une Initiative sur la transparence des terres comme cela est déjà le cas pour les industries extractives où il est demandé aux gouvernements de publier les revenus issus du pétrole et des produits miniers.

Si l’étude fait état de quelques succès concernant l’acquisition des terres en Amérique latine ou en Tanzanie, elle dénonce l’exploitation par des investisseurs qui manquent de l’expertise nécessaire ou sont plus intéressés par des gains spéculatifs.

Les chiffres globaux de cette mainmise sont encore imprécis mais la Banque mondiale indique que les données officielles fournies par certains pays font état de larges transferts : 3,9 millions d’hectares au Soudan et 1,2 million en Ethiopie entre 2004 et 2009.

Les gouvernements refusent de fournir les informations

Les « clients » sont de multiples nationalités : des Asiatiques en commençant par les Chinois mais aussi des Arabes du Golfe forts de leurs pétrodollars ou même des Européens. Et les terres qu’ils convoitent sont souvent habitées. Cette ruée touche de nombreux pays africains, y compris le Ghana, le Mozambique, la Namibie, le Cameroun, la RD-Congo ou le Congo-Brazzaville où des fermiers blancs d’Afrique du Sud envisagent de s’installer.

Ainsi, à quelques exceptions près, les investissements étrangers, activement encouragés par la SFI, la filiale de la Banque mondiale pour le secteur privé, auraient fait davantage de mal que de bien à l’Afrique. L’organisation non gouvernementale Grain qui soutient la lutte des paysans et des mouvements sociaux pour renforcer le contrôle des communautés sur des systèmes alimentaires fondés sur la biodiversité avait déjà fait état, en mai dernier, de ses doutes concernant la volonté de la Banque mondiale de publier rapidement son étude.

« Depuis que la Banque mondiale a commencé à compiler les données, des raisons politiques n’ont cessé d’entraver la publication des résultats. L’étude était censée initialement sortir en décembre 2009, puis en mars 2010 », affirme l’ONG. Selon elle, la Banque avait l’intention de faire une étude complète de 30 pays qui représentent les points chauds sur la carte mondiale de l’accaparement des terres. Cependant, elle a dû sérieusement revoir son projet à la baisse car, de son propre aveu, les gouvernements ont refusé de lui fournir les informations et les multinationales n’ont pas été plus loquaces.

La SFI faciliterait l’accaparement des terres

La Banque a par conséquent choisi de fonder son étude sur les projets dont ont parlé les médias et qu’on retrouve sur le site farmlandgrab.org. La Banque a ainsi identifié presque 400 projets répartis dans 80 pays dont près du quart (22 %) sont en cours de réalisation. La plus grande partie (37 %) de ces projets d’investissement est destinée à produire de la nourriture (cultures et élevage), tandis que les biocarburants arrivent en deuxième place (35 %). L’Afrique est la cible de la moitié des projets d’accaparement des terres, suivie par l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est.

Selon Grain, la Banque révèle qu’en Afrique, c’est le Soudan qui est au premier rang, suivi par le Ghana et Madagascar. En Asie-Pacifique, l’Indonésie est à la première place devant les Philippines et l’Australie. En Amérique latine, le Brésil est le pays le plus convoité, devant l’Argentine et le Paraguay. Pour ce qui est du pays d’origine des accapareurs de terres, la Chine et la Grande-Bretagne arrivent tous deux en tête, suivis par l’Arabie saoudite, ajoute l’ONG. Un rapport « accablant » produit par un centre de recherche américain, l’Oakland Institute, accuse quant à lui la SFI de faciliter « l’accaparement des terres » en Afrique par des groupes privés étrangers.

Les agissements de la SFI, notamment la promotion des « investissements directs dans le secteur agricole, posent la dangereuse question de la terre dans des pays déjà parmi les plus vulnérables », notent les auteurs du rapport.

Une étude réalisée en 2009 par l’Institut international pour l’eEnvironnement et le développement (IIED, Londres), à la demande de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Fonds iInternational pour le développement agricole (FIDA), montre que les transactions sur la terre peuvent créer des opportunités (débouchés garantis, emplois, infrastructures, hausses de productivité agricole) mais peuvent aussi causer des dommages si les populations locales sont exclues des décisions et si leurs droits fonciers ne sont pas protégés.

Les inquiétudes concernant la sécurité des approvisionnements alimentaires ou en énergie sont des motivations-clés pour les acquéreurs, mais d’autres facteurs tels que les opportunités de profit, la demande de matières premières pour l’industrie ou l’action des pays d’accueil jouent aussi un rôle. L’étude révèle que beaucoup de pays n’ont pas de mécanismes suffisants pour protéger les droits locaux et prendre en compte les intérêts et moyens d’existence des populations locales.

Le rapport appelle à une appréciation prudente des contextes locaux, y compris concernant les utilisations et formes actuelles de contrôle des terres ; à une sécurisation des droits des communautés locales ; à une implication des populations dans les négociations ; et à n’approuver la cession des terres qu’après leur accord préalable libre et bien informé.

Marie Joannidis

mardi 17 août 2010

Que chacun joue le jeu, en attendant du plus costaud

Au cas où un observateur intermittent de la crise politique malgache avait ignoré le fait qu’une importante réunion sur Madagascar été prévue pour cette semaine, l’agitation générale de la semaine dernière aurait dû lui mettre la puce à l’oreille

Début de normalisation

Car le branle bas médiatique dans une belle brochette des lieux de réunion que peut compter la capitale (Centre de conférences d’Ivato pour l’Espace de concertation, Astauria d’Antanimena pour la CNOSC et les raiamandreny mijoro, Espace Dera pour les femmes légalistes, Carlton d’Anosy pour les trois mouvances, Bon accueil d’Ambatonakanga pour les représentants des exilés politiques, Hôtel Grégoire pour les soutiens de Raymond Ranjeva) avait bien sûr pour catalyseur la proximité de la réunion de la SADC qui se tient en ce debut de semaine pour examiner entre autres le « cas Madagascar ».

Branle bas, a-t-on écrit plus haut. Mais plus branle bas de combat. Contrairement aux mois et semaines précédentes, on relèvera qu’aucune arrestation n’a eu lieu [1] et personne n’a promis ou appelé à des manifestations de masse ou de rue. Tout ceci tend à laisser penser que le creux de la fameuse courbe en J (ou en U ou en V, voire en W selon les théories) a été nettement franchi pour ce qui est de cette crise. L’heure est plutôt aux conférences et aux comités, alors que le mot « crise » évoque un phénomène aigu ; s’il n’est peut-être pas encore temps d’abandonner l’usage de ce mot, une nouvelle étape a clairement été franchie

Coalescence

La convergence progressive des termes utilisés est un autre signe révélateur. Si on compare les accords de Maputo et l’accord politique signé à Ivato, on relèvera un certain nombre de principes communs et de solutions semblables, et les différences sont peu susceptibles de passionner le simple citoyen qui souhaite uniquement que « les gens d’en haut » s’entendent enfin.

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein ? Plutôt que de se focaliser sur des dates mises en avant de manière un peu fracassante, l’on peut préférer retenir que des entités qui passaient naguère pour faire partie des durs de la HAT acceptent désormais l’idée d’un gouvernement élargi à toutes les sensibilités et la remise en place d’organes législatifs plus représentatifs que la seule HAT.

Et si les trois mouvances mettent toujours en avant les accords de Maputo et d’Addis Abeba et la médiation de Joachim CHissano, on notera avec beaucoup plus d’intérêt qu’elles reconnaissent désormais à la CNOSC un rôle de médiateur crédible.

Un accord complet avant la réunion de la SADC aurait été miraculeux. Par contre, on peut constater un véritable phénomène de coalescence, au sens physique du terme. Il faut entendre par là le phénomène par lequel deux substances identiques, mais dispersées, ont tendance à se réunir. C’est le cas dans une mousse liquide, lorsqu’un film de savon se rompt et que les deux bulles adjacentes se rejoignent pour n’en former plus qu’une seule. La coalescence de paires de bulles est l’un des mécanismes qui donnent lieu à ce que l’on appelle un mûrissement : la taille moyenne des bulles ou des gouttelettes augmente progressivement à chaque rapprochement.

Certains demanderont : pourquoi être optimiste maintenant après des mois de hauts et surtout de bas peu convaincants ? Au delà de l’apaisement du ton, on aura examiné tout au long de cette crise différentes restructurations des opinions : on a vu une opinion se positionnant d’abord sur des axes pro-TGV et pro-Ra8, puis s’articulant entre anti-Tikoland et anti-putsch, et enfin se divisant entre partisans du partage de pouvoir et tenants d’élections rapides. Des sujets comme le bois de rose auront aussi permis de rappeler que certains problèmes ne pouvaient être uniquement résumés à des questions de personnes et avaient aussi un caractère systémique. Ces évolutions successives des débats ont permis de les dépersonnaliser un tout petit peu, et surtout de constater que selon les questions posées, certains se sentaient tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, parfois des deux côtés à la fois, ou ni dans un camp ni dans l’autre... Elles auront amené un Raharinaivo Andrianatoandra et un Henri Lecacheur à se repositionner dans un « centre » qui n’aurait eu aucun sens lorsque la confrontation était uniquement entre personnes

Le risque de l’huile sur le feu

Dépersonnalisation des débats donc. Mais gare au retour des questions liées aux individus, par exemple en entendant un Hassane Diop affirmer dans un journal parlé de RFI qu’un accord aurait été conclu entre les personnes en réunion à Ivato pour que ni Andry Rajoelina, ni aucun des trois anciens présidents ne se présenterait aux prochaines élections présidentielles. Rien de tel pourtant ne figure par écrit dans l’accord politique. Et même si, entre les déclarations d’Andry Rajoelina et les trois mouvances qui se tiennent un peu à l’écart, l’on risque d’aboutir à une telle configuration, elle ne ferait que renforcer ladite crise si elle n’était que le fruit des circonstances et non du libre consentement des concernés.

Rien de définitif n’est vraiment acquis. Mais rien non plus n’est perdu. Le titre de cet éditorial est une reprise d’un autre écrit par Ndimby au lendemain de Maputo, il y a un an jour pour jour. Que d’un côté, on arrête donc de pousser des cris d’orfraies parce qu’on a vu quelque part une oreille d’un originaire d’un pays de la SADC. Que de l’autre, l’on cesse de crier que tout texte signé par « le putschiste » n’a aucune valeur.

Malgré les tendances à vouloir tout faire mousser, le scénario le plus probable semble être celui de voir les bulles continuer à s’aggréger dans les prochains jours.

dimanche 8 août 2010

ARMÉE Colonel Félestin Andrianjafy alerte

Une tentative de mobilisation au sein de la grande muette. Un appel a été lancé à l'endroit des officiers afin qu'ils se réunissent « le plus tôt possible pour trouver pacifiquement la sortie de crise autour d'une table
ronde ». Une manière de dénoncer les plans avancés par la Haute autorité de la transition (HAT).
Un groupe d'officiers a ainsi tiré la sonnette d'alarme sur la situation « complètement absurde et sans
issue » vécue actuellement par le pays. Il a revendiqué la mise en place d'un « gouvernement neutre et fort, condition indispensable à la tenue d'élections libres et sincères et au retour de la paix civile ». Dans un communiqué signé par le colonel Félestin Andrianjafy en sa qualité de soi-disant représentant des Officiers de Madagascar, les initiateurs de cette démarche ont demandé aux forces vives de la Nation, dont la société civile, les partis politiques, les citoyens ainsi que la Communauté internationale de prendre en considération la résolution qui sera adoptée suite à cette réunion.
« Arrêtons de nous faire peur à tour de rôle avec des menaces de fusils et de prison », ont-ils avancé en prévenant les éventuelles mesures de répression à leur encontre.
Démarche pacifique
Joint au téléphone, le colonel Félestin Andrianjafy a confié, pour ne pas aggraver la chose, qu'il n'est pas question de coup de force dans cette initiative. Il a précisé qu'il appartiendrait au commandement et aux dirigeants de l'Armée malgache d'organiser l'assemblée générale. Il a cependant fait preuve de détermination dans la conduite de la revendication.
À disposition au 4ème Régiment militaire (RM4) à Mahajanga, ce colonel de la Xème promotion de l'Académie militaire d'Antsirabe n'a pas de souci sur l'obligation de réserve des militaires.
« Nous sommes des citoyens à part entière. De toute façon, je suis sans portefeuille », a-t-il soutenu.

Fano Rakotondrazaka
Date : 09-08-2010

samedi 31 juillet 2010

Madagascar : la ruée vers l’or


C’est une montagne isolée du monde à plus de six heures de piste de la route goudronnée la plus proche. Depuis la découverte de pépites d’or, Mangatany attire de nombreux Malgaches. Mais cette ruée a un prix : en fin de semaine dernière, deux chercheurs sont morts pris dans l’éboulement de la galerie où ils travaillaient. Et ce n’est qu’un début si les infrastructures restent aussi limitées.


Pas la peine de chercher Mangatany sur une carte. Ce nom n’y figure pas. Encore moins la peine de chercher une route pour y aller. C’est une piste de terre et de pierre difficilement praticable avec une voiture classique. Si à Antananarivo le nom de Mangatany ne dit rien, ou vaguement quelque chose, à Mahitsy, petite bourgade sur la route de Mahajunga à une vingtaine de kilomètres de la capitale, on en parle avec des pépites dans les yeux. Un boucher de cette commune, caché derrière ses saucisses, lève le pouce comme pour montrer que Mangatany, c’est top. C’est top, mais ça fait aussi frémir. Mangatany on en parle aussi avec la peur au ventre. Ce territoire déjà surnommé Ilakaka 2 en référence aux mines de saphir du sud, est désormais, dit-on, peuplé de bandits de grands chemins prêts à bondir sur les chercheurs d’or pour les dépouiller de leur recette. Ces bandits qu’on appelait jadis “voleurs de zébus”, armés de kalachnikovs, sont souvent d’anciens militaires et gendarmes dont les activités criminelles redoublent depuis la crise de janvier 2009.

Tamis dans la rivière

L’imposant campement de chercheurs d’or s’est installé dans cette brousse en mai dernier. On y vient désormais de toute la Grande Île dans le but de faire fortune… Prenons donc nous aussi la route de ce nouvel El Dorado. Rivo et Rado sont deux jeunes de Mahitsy. Rivo, vêtu d’un tee-shirt sans manche, dit connaître la route. C’est vrai, la dernière – et seule fois— qu’il est allé sur le site, il a voyagé sous une bâche à l’arrière d’un camion qui livrait de la bière THB aux mineurs. Mais il connaît assure-t-il. Il embarque un compagnon, sorte de copilote, pour le voyage à bord d’une Peugeot 305. Le prix convenu est de 250 000 Ariary (92 euros environ). Le plein d’essence de la peugeot 305 fait, les pneus gonflés, deux roues de secours chargées, direction Mangatany. La piste s’emprunte à 4 km de Mahitsy. D’emblée, les roues s’enfoncent dans les nids de poule, les pierres raclent le plancher, la tête heurte le plafond. La piste est longue de 90 km jusqu’à Mangatany. “Dans 3 h 30 maximum, vous y êtes” assure Rivo. Sur la piste de terre rouge, la voiture file bon train quand soudain premier bruit “de truc qui cloche”… Arrêt technique. Rivo et Rado démontent la roue, jouent avec les plaquettes, mettent des bouts de fil de fer, les enlèvent, déplacent les plaquettes. On redémarre. C’est à Maintso que le pilote et son copilote mécanicien s’arrêtent à nouveau en quête de sangles. Un tour de marché, puis ils s’allongent sous la voiture garée en pleine rue de ce village aux allures de décor à la Sergio Léone. Une rue principale de laquelle s’élèvent des nuages de poussière quand un engin motorisé vient à passer par-là. Des boutiques et un monde fou qui regarde les deux jeunes s’affairer, réparer, sangler. La route est encore longue, il faut repartir. La voiture fait de nouveaux bonds. Du goudron vient un peu soulager la 305 dont on se demande bien si elle va pouvoir aller jusqu’au bout. Une descente, un pont de fer, une rivière. Nouvel arrêt. Des silhouettes au loin s’agitent sur une colline, près d’une rivière. Ils sont une cinquantaine. Rivo décrit : “Ce sont des chercheurs d’or.” Mais nous ne sommes pas encore à Mangatany. Il faut continuer sur cette piste de terre rouge. Dans un nuage de poussière qui envahit aussi l’habitâcle, la voiture poursuit même si maintenant, le moteur fuit. Arrêts réguliers au niveau des rivières pour arroser sous le capot, refroidir.

“J’y vais pour vivre mieux”

Elle double tout de même des taxis-brousses bondés qui eux aussi vont vers Mangatany. Les affaires posées en équilibre sur les galeries de ces camions montrent que le séjour pour certains risque d’être long. Très long. D’autres marchent tamis tressé sur l’épaule et seau sur la tête. La ruée vers l’or, c’est bel et bien ici que ça se joue et maintenant ! Les heures défilent dans l’auto et le jour décline. “Mangatany est derrière cette colline” explique un villageois une heure après avoir dépassé Firavahana dans le district de Fenoarivobe. Les villages alentours sont comme fantômes. Les cases aux toits de chaume apparaissent inhabitées. Les habitants ont délaissé l’agriculture et ont pris la direction de cette colline bénie d’Ankaraoka où trône désormais le campement de Mangatany. Ils sont ainsi des dizaines de milliers. Selon différentes sources les chiffres varient de 12000 à 40000 chercheurs d’or. La carrière s’étend là. “J’y vais pour vivre mieux” annonce cet homme en route pour son El Dorado. Sur le site, il y a de nombreuses tentes de fortune. Et pour se distraire, on a fait amener un babyfoot fabriqué dans la région d’Ambatolampy, au sud d’Antananarivo. Il n’y a pas encore de boutique sur le site, comme à Ilakaka. Dans une rivière à 600 mètres de la carrière, les femmes et les enfants s’affairent tamis en main. Ils travaillent même la nuit venue et quand ils dorment, c’est dans ces huttes de fortune sans eau potable à proximité.

“Les secours mettraient des heures à arriver”

Les hommes œuvrent dans des tunnels creusés à la main et dont la sécurité est limitée. D’ailleurs en fin de semaine, Mangatany a fait ses premiers morts. Deux hommes pris dans l’éboulement d’une galerie. Ensevelis vivants. Sous terre, l’oxygène est rare. Et il y a fort à parier qu’en raison du manque d’infrastructures il y aura d’autres victimes. En cas de blessé grave ? “Les secours mettraient des heures à arriver” décrit un observateur. Les chercheurs négocient leur or 50 000 AR le gramme (environ 18 euros). Une fortune dans un pays où le salaire moyen est de 135 000 AR (50 euros par mois). Les chercheurs sont pour la plupart employés par des patrons qui, eux, vivent dans des cabanes en dur. Des petites sociétés se sont ainsi créées et organisées dans des conditions précaires et bien plus dures que dans les autres mines du pays. L’aspect naissant de ces carrières y est pour beaucoup. Comme s’il n’y avait pas de temps à perdre, on s’y presse. 50000 AR, de la sueur, du sang et des larmes. Sans compter le froid glacial des nuits en plein hiver austral. C’est cela le véritable prix du métal précieux extrait des mines de Mangatany

Nicolas Goinard à Madagascar


Du rubis, du saphir, et de l’or...

Le sous-sol de la Grande Île est riche. Avant l’or, d’autres richesses ont été découvertes sous la terre rouge malgache. Ilakaka, à 735 km au sud d’Antananarivo est une commune qui s’est développée autour des mines de saphir à ciel ouvert. La nuit venue, on y craint aussi les bandits qui infestent la région. Dafy, Malgache qui s’est déjà rendue dans cette région, se souvient : “Une fois, en revenant d’Ilakaka, notre taxi brousse a eu un accident. Il commençait à faire nuit. J’ai paniqué. Heureusement, à ce moment un bus est passé et je connaissais le chauffeur. Il m’a emmené et j’ai laissé les autres voyageurs. C’est la nuit que les attaques ont lieu.” Le jour, enfants et adultes descendent dans les entrailles de la terre à la recherche des pierres précieuses. Depuis 1998 et la découverte d’un important gisement de saphir, cette petite bourgade jadis connue pour ses paysans, s’est donc transformée en une ville digne du far-west, victime de la fièvre de la pierre précieuse bleue. Le saphir se trouve aussi à Maromby, ou à Andranondambo. Dans l’ouest, Miandrivazo est aussi une commune connue pour ses ressources, notamment son or et ses pierres précieuses. Quant au rubis, on trouve cette pierre à Ianavoha, Andranomilitsy, Soamiakatra. Le sol malgache est très riche. La population est pauvre. Cette équation déclenche donc à chaque nouvelle découverte des remous et crée des vocations. Même, parfois, à la tête de l’Etat…

N.G.

Les forêts humides de l’Atsinanana (Madagascar) inscrites sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a inscrit les forêts humides de l'Atsinanana (Madagascar) sur la Liste du patrimoine mondial en péril en raison des coupes illégales de bois sur ce site et du braconnage visant les lémuriens, une espèce menacée. Le Comité tient actuellement sa 34e session sous la présidence de João Luiz da Silva Ferreira, ministre brésilien de la Culture.

Le Comité souligne que malgré un décret interdisant l'exploitation et l'exportation de bois de rose et d'ébène, Madagascar continue d'octroyer des permis d'exportation de bois en toute illégalité. Il note aussi que des pays ayant ratifié la Convention du patrimoine mondial sont néanmoins des destinations notoires de ce bois.

Le Comité prie instamment l'État partie de prendre immédiatement toutes les mesures d'urgence nécessaires afin de faire appliquer le décret et de mettre un terme aux coupes illégales. Il appelle aussi l'Etat partie à organiser un sommet réunissant les pays concernés afin d'agir pour que le bois illégal de Madagascar demeure interdit et qu'il ne puisse pas avoir accès à leurs marchés nationaux.

Etant séparées des autres masses terrestres depuis plus de 60 millions d'années, la faune et la flore de Madagascar ont évolué séparément. Les forêts humides de l'Atsinanana, qui sont englobées dans six parcs nationaux sur la façade orientale de l'île, sont très importantes pour le maintien des processus écologiques nécessaires à la survie d'une biodiversité unique reflétant l'histoire géologique de Madagascar. Nombre de ces espèces sont à la fois rares et menacées, particulièrement les primates et les lémuriens.

jeudi 29 juillet 2010

Le sort de Madagascar connu après le 18 août

Le processus initié par les membres de la société civile n'a pas enregistré de contestation de la part du médiateur international. Mais la levée des sanctions relève de la décision des organisations régionales et internationales.


Les consultations effectuées par Joaquim Chissano se sont achevées hier. Avant de quitter la Grande île, cet ancien président mozambicain a annoncé qu'il part avec une image plus claire de la situation à Madagascar et du processus que les parties malgaches ont initié. «La société civile a donné la garantie de la neutralité en promettant la participation d'un grand nombre de sensibilités et nous encourageons cette ouverture pour qu'il y ait une grande participation possible», a-t-il annoncé hier à l'aéroport d'Ivato.

Mais pour ce qui est de la reconnaissance internationale ainsi que de la levée des sanctions, Joaquim Chissano estime qu'il est trop tôt pour parler de ces deux questions. «Les sanctions ne seront levées que si les résultats sont satisfaisants pour la communauté internationale. L'Union africaine est actuellement en réunion et le mois prochain (le 18 août), la Sadc tiendra une réunion et je ferai un rapport sur mon séjour à Madagascar et ce sera aux membres de prendre la décision. Il faudra encore attendre», a-t-il lancé.

En d'autres termes, aux parties malgaches de faire preuve et de persuader la communauté internationale que les résultats des consultations et de la conférence ont été pris d'une manière consensuelle et inclusive. C'est d'ailleurs ce qu'a précisé Joaquim Chissano dans ses propos : «S'il y a un consensus et une inclusivité, je crois que la communauté internationale va reconnaître les résultats».

Une autre forme de médiation

En attendant, le médiateur a fait savoir que la communauté internationale apportera ses appuis aux initiatives malgaches. Seulement, «Il ne m'appartient pas de déterminer la forme de ces appuis mais aux organisations. L'Union africaine et la Sadc peuvent donner un éclaircissement sur ce point», a précisé Joaquim Chissano.

Sur le plan de la médiation, il appartient maintenant aux membres de la société civile de définir la forme d'intervention de la communauté internationale. «Ils doivent définir ce qu'ils attendent de nous car, auparavant, nous faisions des médiations entre des groupes alors que ce n'est plus le cas actuellement», a précisé cet ancien président mozambicain.

Joaquim Chissano est parti avec une nouvelle vision de la situation à Madagascar notamment sur le processus que les parties malgaches ont choisi pour trouver une issue pérenne de la crise. Aux Malgaches maintenant de soutenir leur processus pour convaincre les organisations régionales et internationales de lever les sanctions et d'accorder après leur reconnaissance.

En tout cas, du moment que la majorité roule pour l'adoption d'une solution malgacho-malgache, laquelle semble maintenant bénéficier de l'adhésion de la communauté internationale, on pense que la tenue du «Dinika santatra» et du dialogue national sera une occasion de tester le réel patriotisme des uns et des autres… au-delà des guéguerres de sièges pour un partage du pouvoir. Car, il s'agit de l'avenir de la nation où les ambitions politiques devraient être reléguées au second plan de tous les participants à ces rencontres.

Manohisoa

28/07/2010
Les Raiamandreny mijoro, rassurés

A la sortie de leur rencontre avec le président mozambicain, hier au Carlton, les membres des Raiamandreny mijoro sont rassurés. Selon les rapports du pasteur Paul Ramino, «le médiateur de la Sadc nous a encouragés de poursuivre notre initiative de consulter les acteurs locaux. Il nous a même dit que quand il était président de la République , il a toujours essayé de descendre dans les collectivités pour connaître les attentes de la population locale».

Seulement, pour que les membres de la société civile puissent bénéficier de l'appui de la communauté internationale, il faut qu'un maximum de participants se mobilisent pour le Dinika santatra. «Si cet objectif est atteint nous assurerons notre appui dans la mise en oeuvre du processus, nous a rassuré Joaquim Chissano», a poursuivi ce numéro un des notables. Néanmoins, il faut attendre jusqu'au 18 août pour connaître la décision finale des organisations régionales et internationales sur leur appui aux initiatives malgaches.

Droit d’asile: quatre pays retirés des «pays sûrs»

Petite bonne nouvelle pour les demandeurs d'asile provenant d'Arménie, de Madagascar, de Turquie et du Mali: leurs demandes ne seront plus jugées avec un a priori négatif, car ces pays ne sont plus jugés sans risques.


Les homosexuels en provenance d'Arménie, de Madagascar, de Turquie et du Mali ont désormais (un peu) plus de chances d’obtenir l'asile. Le 23 juillet, le Conseil d'État a en effet rayé ces pays de la liste des «pays sûrs» – pays que la France considère comme assurant le «respect des principes de liberté, de la démocratie et de l'état de droit, ainsi que des droits de l'homme et des libertés fondamentales».

Un soulagement pour les ressortissants de ces quatre pays, car «l'inscription d'un pays sur la liste accélère l’examen des demandes d’asile des personnes concernées (15 jours au lieu de 118 en moyenne) et autorise les préfets à les renvoyer dans leur pays, avant même une éventuelle décision en appel de la Cour nationale du droit d'asile sur leur demande», dénoncent dans un communiqué Amnesty International France, le Gisti, la Cimade, Acat-France et Association des avocats ELENA France, qui, avec d’autres associations, sont à l’origine de la décision du Conseil d’État.

Les pays «sûrs» ne le sont pas pour les LGBT
Mais c'est toute la notion de pays «sûr» que les associations souhaitent remettre en question. «Pour nous, chaque demande doit être vue au cas par cas, souligne Mathilde Chevalier, membre de la Commission LGBT d'Amnesty International France. La notion de "pays sûr" est totalement contraire aux conventions internationales qui régissent le droit d'asile.» D'autant que la liste est jugée discriminatoire, opaque et politiquement motivée.

En outre, les pays qui figurent toujours sur la liste… ne sont pas réellement «sûrs», notamment pour les LGBT. Le Bénin, le Ghana, le Sénégal et la Tanzanie pénalisent l'homosexualité, tandis qu'à Maurice la sodomie est interdite mais pas les relations amoureuses gays et lesbiennes (lire notre article). Dans les autres pays de la liste (la Bosnie-Herzégovine, le Cap-Vert, la Croatie, l'Inde, la Macédoine, la Mongolie, la Serbie, l'Ukraine), la prudence demeure la règle malgré l'absence de loi répressive…

Peut-on espérer que les États disposant d'une loi homophobe soient retirés de la liste? À l'Ofpra, l'office qui examine la situation des demandeurs d'asile, on nous explique qu'un tel projet n'est pas à l'ordre du jour.